Qui veut la peau de Heidi?

Chapitre 1

Résiste!

Madame Trucmuche

« Pourquoi Mme Trucmuche est si fâchée contre toi ? » me demande mon fils de 7 ans.

Mme Trucmuche est le personnage imaginaire qu’il s’est inventé pour incarner tous ces gens, effectivement fort mécontents qui m’appellent, m’écrivent quotidiennement pour me réclamer qui une facture, qui des justificatifs, qui mon bureau, mon appart, mon stock, mon mobilier, ma voiture, ma société, ma faillite… 

Et tous les soirs, lors de notre moment câlin – mon seul espace de répit d’une journée ordinaire -, il me demande si j’ai reçu de nouveaux rappels de Mme Trucmuche. Nous ouvrons alors mon ordinateur ensemble et, comme tous les soirs, je lui montre la cinquantaine de mails que j’ai reçus dans la journée. J’ai marqué d’une icône « Feu » tous les rappels, toutes les menaces de poursuite, toutes les menaces tout court… Sans les lire – heureusement -, mon fils s’amuse à compter les nouveaux feux qui se déclarent ainsi tous les jours de ma vie depuis plus d’une année. « Mme Trucmuche est très fâchée on dirait maman ! Elle t’a incendié 34 fois aujourd’hui ». 

Je ne sais pas d’où lui est venu ce nom plutôt disgracieux, ni pourquoi il voit une femme dans ce représentant allégorique de mes créanciers, alors que ces derniers sont clairement des hommes à plus de 95%. 

Ma petite théorie est qu’il sait que les femmes sont souvent plus pacifiques, plus sensibles – donc dans son univers « plus gentilles » - et ainsi que Mme Trucmuche ne fera sans doute pas grand mal à sa maman. Après l’avoir gentiment grondée parce qu’elle ne paie pas ses factures à temps, Mme Trucmuche finira par lui sourire et la prendre dans ses bras en lui disant que c’est pas grave, qu’elle lui pardonne et qu’elle l’aime quand même. 

La réalité est bien sûr toute différente. Je n’ose pas dire à mon fils que derrière le masque jovial de Mme Trucmuche se trouvent des personnes certes très fâchées, mais qui ne me pardonneront jamais. Je dois vivre avec ça, je dois l’assumer et tout faire, tout, pour faire en sorte que ces gens - du moins ceux qui le méritent - puisse retrouver leur argent. 

J’ai failli y parvenir à plusieurs reprises.

Hélas, si ceux qui animent Mme Trucmuche sont pour la plupart des personnes très recommandables, voire des victimes, il y en a quelques-unes qui sortent du lot et qui n’ont rien à voir avec le caractère débonnaire de l’avatar imaginaire de mon fils. Non. Ce sont des prédateurs. Des tueurs. Et ils s’en prennent aux femmes. 

Le combat des cheffes

Pourquoi dis-je qu’ils s’en prennent aux femmes ? Parce que c’est devenu mon combat aujourd’hui. Une femme chef d’entreprise qui veut se montrer l’égale d’un homme dans cet univers rempli de testostérone qu’est le milieu des affaires en Suisse se fait généralement remettre à sa place rapidement, quand elle ne se fait pas purement et simplement démonter la gueule.

Et c’est encore terriblement plus vrai à Neuchâtel, où les acquis claniques relèguent toujours les femmes aux fonctions subalternes, quand on ne les prie pas d’avoir la décence de retourner à leur ménage. Et où, en dépit de ces pressantes invites, j’exerce depuis 2015 la fonction de CEO de heidi.com SA, avant d’être propulsée sur le devant de la scène – façon Winkelried, la scène – par l’ancien conseil d’administration de la société. Seule. Sommée de devenir l’unique pare-buffle de la boîte. Le mot « buffle » s’est très vite montré approprié quand j’ai pu constater la violence des charges qui m’ont été lancées par des porteurs de balloches… Oh, je ne vous l’ai pas dit ? Les premiers protagonistes de mon histoire sont effectivement des hommes. De puissants hommes d’affaires, avocats, hauts cadres d’entreprises ou des pouvoirs publics, qui n’en étaient pas à leur première oie blanche. 

Cette puissance, ces hommes la dirigent contre deux femmes en particulier : moi évidemment, et une autre femme encore plus dangereuse pour eux car elle a commis l’outrecuidance de quitter son pâturage pour prétendre devenir le symbole de la femme suisse : intelligente et donc émancipée, à la fois moderne et traditionnelle. Je parle évidemment de Heidi. La société. Ses valeurs. Le symbole. Une idée de la nouvelle femme suisse en 2021. 

Depuis ce jour funeste, ces hommes se sont mis à faire des choses peu recommandables sur heidi.com, et des choses encore moins recommandables sur ma personne.

Et comme souvent lors d’une chasse à courre, tous les mâles dominants se sont mis de la partie, chacun comptant récupérer un avantage dans les ruines de heidi.com : actionnaires minorisés par ma soudaine accession à la tête de l’entreprise, concurrents, commerçants de notoriété voulant reprendre mes locaux – très bien placés -, et même la Ville de Neuchâtel pour qui je devenais une grosse tache d’huile sur le plastron de leur image. Tous se sont jetés dans la curée.

Les armes utilisées sont loin d’être conventionnelles : campagnes de presse menées exclusivement à charge par des journalistes locaux, interventions directes auprès de mes partenaires et fournisseurs pour les convaincre de me lâcher, tentatives auprès de mes employeurs pour me faire licencier, intervention auprès de mes banques pour qu’elles me coupent tout crédit (ce qu’elles ont fait), multiplication des procès (je viens d’inaugurer ma 50ème convocation en justice et mon 50'000ème franc - de ma poche - en honoraires d’avocats et frais de justice), blocage de tous mes comptes, gel de mes revenus, blocage de ma marchandise, campagne pour mes faire perdre mes plus gros clients, résiliation de tous mes baux, etc… Mais ce qui a fait le plus mal ce sont sans doute les calomnies, qui m’ont fait passer tour à tour pour une mauvaise gestionnaire, un employeur tyran, une mère indigne, une débile mentale, une pute, une droguée ou encore une femme peu féminine qui pue, se néglige et ne se lave pas les cheveux. Si, si ! J’ai lu tout ça – et bien pire – dans des courriers qui ne m’étaient pas tous destinés. 

Le contexte

En sortant de chez Switcher, où j’avais la fonction de responsable produit et sourcing – et, contrairement à certaines rumeurs, je n’étais strictement pour rien dans la faillite de la Baleine -, j’ai d’abord été mandatée par l’ancien conseil d’administration de heidi.com SA, précisément dans le domaine du sourcing (approvisionnement et fournisseurs). Après une année de collaboration, le conseil d’administration de heidi.com m’a alors proposé de prendre la place de CEO… en lieu et place de ses fondateurs, ce qui a fort fâché ces derniers (bien que je ne sois pour rien dans ce choix !). C’est l’une des raisons pour lesquelles l’un d’eux me voue toujours aujourd’hui une haine farouche. 

 

A l’époque, le conseil m’assurait qu’il voulait que j’occupe cette place en raison de mes « brillantes compétences dans le domaine du textile ». Naïve que j’étais, j’ai cru que c’était vrai.

Brossons ici un tableau financier aussi bref que possible pour ne pas alourdir mon récit : quand je suis devenue CEO de heidi.com SA en 2016, la société présentait… 1,8 millions de perte. A fin 2017, j’avais fait passer la société de CHF 600'000 de chiffre d’affaires à CHF 2,5 millions, j’avais obtenu Migros comme fidèle et plus gros client, et j’avais ramené la perte à quasi…. zéro. 

Plutôt pas mal non, pour une femme que la presse et mes ennemis ont qualifiée de mauvaise gestionnaire?

Cette lune de miel aurait pu se poursuivre, le chiffre d’affaires encore augmenter (Migros nous promettait encore pour près de 6 mios de commandes !) et la petite fille aux joues roses devenait de plus en plus populaire. Heidi aurait pu devenir une entreprise très rentable qui aurait fait la fierté des Neuchâtelois.

Mais alors, que s’est-il passé pour en arriver là aujourd’hui ?  

Commençons par planter le décor. 

Les personnages

Il est temps de dire un mot sur les personnages (hélas bien réels) de cette histoire qui se sont distingués par des actions qu’ils n’auraient jamais osé commettre si j’avais été dotée du précieux attribut masculin… ou si j’avais fait partie des bons clans neuchâtelois.

1. Le Bon

Il y a tout d’abord cette grande Commune neuchâteloise (indice : elle n’en est pas à son premier scandale ; le dernier à avoir eu les faveurs de la presse portait sur des magouilles de rémunération d’un haut cadre d’une célèbre compagnie de transport). Elle avait tout pour devenir l’Héroïne de l’aventure Heidi : son conseil communal, conscient de l’importance du symbole de la petite fille aux joues rouges pour l’image de la région, avait commencé par soutenir la marque, notamment en lui mettant à disposition des locaux. C’est pour cela que, de manière évidente, elle a voulu tenir le rôle du Bon. 

Hélas, lorsque le vent a tourné après que la presse eût largué ses brûlots sur notre fragile entreprise, cette Commune a courageusement emboîté le pas des porteurs de torches. Ses méthodes surprenantes lui vaudront un chapitre.

4. La Reine de Glace

Il était difficile de trouver quel rôle me siérait le mieux. Mon équipe de casting a d’abord pensé à « la Femme de paille », « la Marionnette » ou « la Grosse Conne Naïve », mais il faut bien admettre que tout cela n’était pas très flatteur et occultait le fait que j’ai tout de même fini par prendre mes propres décisions. Qui ne m’ont attiré que des ennemis, mais au moins c’était les miennes. La fragilité de mon petit pouvoir, mon « caractère froid et méprisant », ainsi que le constat évident que je finirai bien par disparaître à force de me faire brûler, ont fini par nous donner le parfait nom de mon rôle : je serai la Reine de Glace

7. La Cour du Calife 

Le Calife aime être entouré de sa Cour et il courtise systématiquement toutes les filles qui passent à sa portée. Comme il se pavane et leur promet un Trésor au pied de l’Arc-en-ciel, elles se pâment et lui promettent loyauté, fidélité et  espionnage...

9. Le Preneur d’otage 

Il n’y a pas de bon polar sans preneur d’otage. L’une des plus grosses entreprises logistiques de Suisse (indice : vous voyez ses camions beiges sur toutes nos autoroutes), chez qui tout notre stock est déposé, en possède toutes les qualités : voici plus d’une année que nous ne pouvons plus vendre ni faire livrer un seul T-shirt à notre clientèle B2B car cette entreprise refuse de nous laisser y prendre le moindre article (en dehors du petit stock de notre boutique qui nous permet d'alimenter le E-Shop de ce site).

Motif officiel : nous lui devons CHF 16'000. Alors que notre stock (dont nous sommes propriétaire) vaut plus de CHF 500'000 et que pendant des années nous avons payé des centaines de milliers de francs à cette entreprise. Ce blocage nous a fermé notre B2B, ce qui nous a déjà coûté des  centaines de milliers de francs. Avocats, menaces de plainte pénale n’y ont rien changé : cette entreprise d’envergue  nationale s’en fiche comme de son premier semi-remorque Mercedes. Il mérite donc lui aussi son chapitre dédié car il joue de surcroît un autre rôle - bien plus opaque - dans l'histoire de la petite bergère.

11. L’Assassin 

Ou plutôt l’Assassine devrais-je-dire. C’est la seule exception féminine dans le rang des meurtriers de la petite bergère. Ici encore, nous avons hésité à accorder ce rôle à la Brute, au Truand, au Preneur d’otage ou aux Inquisiteurs, qui tous ont contribué à mettre Heidi à terre. Mais c’est sans conteste cette importante Actionnaire de la société qui lui a porté le coup le plus meurtrier.

Elle est en effet parvenue en quelques semaines à faire en sorte que notre plus gros client, qui travaillait pour nous depuis dix ans, nous garantissait encore jusqu’à 6 millions de chiffre d’affaires et avec qui j’avais patiemment construit une belle relation de confiance, nous lâche du jour au lendemain, réduisant immédiatement et pour toujours ses commandes à... zéro. Très motivée dans son rôle, cette Actionnaire a su trouver les mots justes, efficaces, percutants, des mots qui ont bien explosé notre image auprès de ce client. 

13. L’Epidémie 

Avec, dans son rôle, le Coronavirus COVID-19. Comme beaucoup d’entreprises, hélas, l’épidémie nous a touchés de plein fouet. Notre personnel administratif et de vente a dû cesser le travail. Et dans notre situation, le personnel administratif est capital : c’est lui négociait avec nos créanciers,  concluait des plans de paiement, faisait opposition aux poursuites injustifiées   (nous avons par exemple reçu des dizaines de factures pour des travaux, des transports ou des marchandises que nous n’avions jamais commandées). Et c’est notre personnel de vente qui nous permettait de faire le minimum de chiffre d’affaires avec lequel honorer ces plans de paiement. 

Avec le COVID et sans ce personnel, du jour au lendemain plus personne n’ouvrait le courrier, ne faisait opposition, ne payait les factures courantes... Sans ventes, les plans de paiement tombaient à l’eau et le cercle infernal s’est mis en place, générant les premières réquisitions de faillite. 

15. Les Seconds couteaux 

Cette histoire est également le produit du travail de nombreux figurants et seconds couteaux, bien que je doute qu’ils fussent bénévoles. Ce sont les nombreuses petites mains sans qui Heidi ne serait pas ce qu’elle est maintenant, c’est-à-dire totalement asséchée dans ses ressources, ses moyens, sa motivation, son temps, son énergie. Ce sont les multiples comptables qui nous ont facturé des fortunes leurs efforts passés à dissimuler les malversations passées de nos comptes, les collaborateurs qui ont semé la zizanie avant de repartir, qui avec la caisse, qui avec nos clients, qui avec nos autres employés, certains  avocats qui nous ont littéralement ruinés pour n’écrire que quelques lettres convenues de renvoi d’audiences, les réviseurs qui ont démissionné en pleine période de révision, les donneurs de leasing qui nous ont repris nos copieurs et nos véhicules au moment où on en avait le plus besoin, jusqu'au service d'immeuble qui refuse de nous faire des clés pour accéder à nos locaux...

2. La Brute

Il n’y a pas eu beaucoup d’hésitation au casting : avec ses méthodes musclées et brutales, la banque B…N (indice : c’est une banque à l’image paternaliste bon enfant qui veut faire croire qu’elle soutient les PME neuchâteloises) avait tout pour jouer ce rôle majeur dans la chute de Heidi. Le chapitre consacré à la lâcheté des banques neuchâteloises dans ce contexte d’épidémie vous expliquera pourquoi.

3. Le Truand

Nous avons beaucoup hésité pour ce rôle, car il y avait trop de candidats. Plusieurs avaient ce petit plus qui leur aurait fait mériter ce rôle. Mais la Palme revient finalement à un homme d’affaires désigné dans mon récit par « le Cerveau », « le Séducteur »ou encore   « Dieu » et dont je vous parlerai plus tard tant son profil est complexe. 

5. Le Calife 

Ça c’est le rôle de celui qui pense depuis le début tirer les ficelles de toute l’intrigue, sans comprendre que c’est en réalité « le Cerveau » qui est le patron… Auto-désigné pour ce rôle : le Fondateur de heidi.com ! 

6. Les Potes du Calife 

Le seul pouvoir du Calife – qui a des amis qui ont des amis -, ce sont ses agents infiltrés : informaticiens, comptables, sous-locataires, courtiers et surtout certains employés de Heidi qui ont tous le même point commun : me faire croire qu’ils bossaient pour moi !! 

8. Iznogoud 

Lui, il a commencé dans le rôle de l’eunuque de la Cour du Calife. Puis, comme il s’est rendu compte qu’elles étaient davantage attirées par le Trésor que par son baratin asexué, il a d’abord voulu devenir Calife à la place du Calife. Mais sa mégalomanie lui a fait transgresser toutes les limites et le Califat ne lui suffisait plus. Il s’est alors adressé à sa hiérarchie afin de prendre la place de la Reine de Glace. Il n’a pas lésiné sur les moyens, exhortant la Cour et les Potes du Calife à allumer des feux partout : auprès des partenaires, fournisseurs et clients de la Reine de Glace, qu’il tenta de lui piquer. Il a fini bonhomme de neige avec une carotte à la place qu’il méritait.  

10. Les Inquisiteurs 

Ah, eux, Madame et Monsieur les « enquêteurs spécialisés ». S’ils n’ont pas asséné le coup fatal (ça, c’est réservé à des rôles bien plus couillus), ils n’en ont pas moins démérité en foutant leur victime à poil au milieu de la place publique avec une grosse cible sur la poitrine. Une certaine presse locale  a sans doute vu là l’occasion de doper son lectorat  / audimat en s’attaquant à une petite bergère sans se préoccuper des loups. Un clin d’œil sympa aux jeux de cirque de l’Antiquité, qui n’auraient amusé personne si on s’était posé la question de l’innocence des condamnés. Le gros atout de ce rôle réside dans son pouvoir de nuisance : leurs torchons, à eux seuls, ont entraîné en cascade des dizaines d’annulation de commandes, de résiliations de relations d’affaires, de pertes de confiance. 

12. Le Bourreau 

Nous avons failli lui donner le rôle de l’Assassin. Mais nous y avons renoncé. D’abord parce que l’Actionnaire l’avait revendiqué. Mais également parce que la hache de ce bourreau n’a pas encore fini son œuvre. Nous ignorons s’il va finalement achever la petite fille, ou s’il va retenir son coup.

Comme des négociations viennent de débuter avec ce personnage - et qu'elles pourraient aboutir -, je vais réserver ce personnage pour l'instant.

C'est d'ailleurs presque dommage, car il aurait mérité un chapitre à lui tout seul tant il a malmené Heidi !

Disons juste ici que c'est une personne qui nous doit beaucoup d'argent, qui est très riche, mais qui - alors que jusqu'ici elle avait toujours été d'une régularité et d'une correction exemplaires - refuse de nous payer depuis près d'un an sans nous donner la moindre explication, ce qui nous a poussé dans la charrette de la faillite.

Aurait-elle été convaincue d'agir ainsi par l'un des personnages de notre casting?  Nous allons peut-être enfin savoir ce qui lui est passé par la tête..

[Edit 23.11.2020 : hé bien non, l'accord n'aura pas lieu. Le Bourreau a finalement abattu sa hache. Le chapitre 2 vous expliquera comment]

14. Les Vautours 

D’abord, ce sont vos Sauveurs, vos meilleurs Amis, vos Héros. Ils vous téléphonent spontanément ou vous abordent pour vous dire de ne plus vous faire de souci, qu’ils sont là avec leurs millions, enfin… avec les millions d’un groupe d’investisseurs amis du beau-frère de leur cousine ! Qu’ils sont intéressés par ce magnifique label qu’est Heidi, qu’ils veulent le reprendre, financer un méga-projet de relance avec la mèche de la petite bergère ou qu’ils vous prêtent sans garantie ce qu’il vous faudra pour vous assainir, mais 10 millions minimum, hein, on fait pas dans les demi-mesures.

Ou encore ceux qui veulent reprendre les locaux pour en faire un bar super-branché (dont ils paieraient tous les travaux bien sûr), ceux-là mêmes qui m’ont fait vider ma boutique pour « mieux voir les travaux à faire ».

J’ai été littéralement prise d’assaut par de Faux Investisseurs, de Faux Financiers et de Faux Repreneurs, qui outre me redonner de Faux espoirs toujours déçus et à chaque fois plus violemment vécus – et rien que pour ça on devrait livrer ces gens au maillet du juge -, toutes les démarches qu’ils me réclamaient (genre leur faire un business plan complet et un plan financier sur les 127 prochaines années) m’ont fait perdre un temps fou et des nuits entières que j’aurais pu consacrer à relancer mes ventes.

 

C’était parfois si absurde que je me suis demandée si certains n’étaient pas en service commandé pour me ralentir, pour me perdre, pour me dégoûter. Ils ont failli y arriver. 

16. Les Fossoyeurs 

L’État, l’Administration, les pouvoirs publics, j’ai toujours cru qu’ils étaient du côté des entreprises les plus durement touchées par l’épidémie. C’est sans doute vrai pour certaines d’entre elles. Pas pour Heidi.

Nous nous sommes vu refuser absolument toutes les prestations : refus de l’indemnité RHT, refus d’une subvention culturelle (nous avions essayé de nous diversifier en organisant des événements culturels), l’apprenti de Heidi qui, avec sa note de 3.9 et privé d’examen pour l’améliorer, s'est vu refuser son CFC en plein confinement COVID-19… [Edit 23.11.2020 : après nous avoir d'abord refusé les RHT, puis les avoir (partiellement) acceptées, voilà que le Service de l'emploi vient de nous les refuser à nouveau au motif que nous aurions cessé nos activités et que notre site internet n'est pas en ligne ! Et les clients qui nous commandent tous les jours, ce sont des fantômes ?]  

Jusqu’au Service des bâtiments de la Ville – bailleur de nos locaux - qui a choisi ce merveilleux moment du confinement pour… tripler notre garantie de loyers ! Et pour résilier notre bail parce qu’on s’y était opposé et aussi – ça vaut la peine de le souligner -, parce qu’on a refusé de payer les deux mois d’avril et mai 2020 dont la Ville avait pourtant fait grâce à tous les autres commerçants touchés par le Covid ! Ce qui s'est passé est si violent qu'un chapitre sera consacré à cet épisode.

Et je ne parle évidemment pas de la Justice, car il n’y a rien à en dire. Elle fait son job, applique les lois avec toute la rigueur qu’on peut attendre d’elle. Tout au plus pourrait-on regretter qu’elle fasse preuve d’autant de diligence après cette période difficile. Et qu’aucun juge ne vous sourit jamais, même avec pitié, quand il vous condamne à un montant que vous ne pourrez jamais payer ou vous met en faillite.

Ah si, on peut tout de même évoquer quelques perles qui en disent long sur les compétences de certains juges neuchâtelois ! En vrac : l’un d’entre eux a communiqué à un de nos créanciers qu’un de ses collègues avait ordonné la faillite de heidi.com SA… alors que le collègue en question avait en réalité fait le contraire, c’est-à-dire accordé l’ajournement de cette faillite! Ce créancier est un de nos gros partenaire qui pensait que nous sortions d'affaire et qui allait retravailler avec nous. Ca nous a coûté la présence de ce partenaire dans notre relance, mais Who care ? Pas un mot d'excuse du juge en question.

 

Ou un autre juge qui a refusé à heidi.com SA le droit de réclamer des indemnités à une partie adverse au motif que notre demande dépassait CHF 30'000… jusqu’à ce qu’un de ses collègues reprenne le dossier et, des mois après, nous écrive pour nous dire que l’autre juge s’était trompé et qu’on pouvait finalement quand même les réclamer. Bon, moyennant une avance de frais de CHF 10'000, faut pas déconner non plus, les compétences des juges, ça se paie. Sauf que là, on les a plus les CHF 10'000... Toujours aucune excuse du magistrat concerné.

Et au moment où je mets ce chapitre en ligne, je reçois une nouvelle preuve de la compétence des gens qui nous jugent. Elle émane cette fois du Tribunal cantonal – notre Cour Suprême tout de même - : statuant sur un de mes recours, l’un de ces juges a réussi à rendre quasi en même temps trois décisions contradictoires :

  • la première classait l’affaire (donc j’avais gagné, yess !).

  • la deuxième – une douche écossaise datée du lendemain – annulait la première (ben oui, le juge avait écrit n’importe quoi, il s’est rendu compte que ça ne se classait finalement pas, ce genre d’affaires, c’est humain ! Donc je n’avais plus gagné, mais je n'avais pas perdu non plus !).

  • et dans la troisième, il rejetait finalement mon recours au motif que j’aurais déposé un document trop tard (bien que je l’aie fait dans le délai qu’il m’avait prescrit, allez comprendre.. Donc là, c’est clair, j’ai perdu… enfin je crois !)

Je me bats au quotidien avec ce genre de non-sens. Vous ne pouvez pas imaginer comme c'est usant de devoir sans arrêt contester, écrire, faire recours, demander des correctifs simplement à cause de l'incompétence. Mon bureau croule sous les courriers des tribunaux alors que je voudrais qu'il le soit sous les commandes ! Mais je n'ai pas pu jusqu'ici détourner mon énergie de ces procès qui me coûtent tant... et je ne parle pas d'argent.

Petite précision tout de même : après tous ces cactus, j'offre une belle Rose aux Greffes de ces tribunaux (leurs secrétariats) : je n'y ai trouvé que des gens fort gentils, humains, serviables et qui connaissaient parfaitement leur métier. Comme quoi, la compétence n'est pas toujours où on pense la trouver...

17. Monsieur X 

Ahhh, Monsieur X. Je n’en dirai rien à ce stade de mon écriture. Car si ce récit est fait sur le ton de l’ironie, Monsieur X n’est pas du genre à rigoler. C’est du sérieux. C’est le vrai méchant de l’histoire (pas au sens figuré de mon sympathique bestiaire, mais dans la réalité), de sorte que mes propos ne vont pas lui plaire, mais pas du tout. Et donc, avant qu’il ne passe à l’action (j’ai déjà reçu plusieurs menaces), je préfère prendre quelques précautions préalables. Monsieur X est peut-être l’une des personnes de mon casting. Ou peut-être pas.

Et qu’ai-je donc pu faire à ce Monsieur X pour mériter une telle attention ? L’acharnement que je constate sur Heidi depuis plus d’une année maintenant doit avoir une autre raison que mon combat pour la femme. Je ne mérite pas à moi seule un tel engouement. Alors ?

Oui. Il y a bien autre chose. Heidi.com n’est pas uniquement la petite fille à la frimousse sympa sur les T-shirts de l’été. C’est aussi une victime, prise en otage par des gens sans scrupules, qui ont vu en sa candeur le meilleur des paravents pour l’impliquer malgré elle dans de sulfureuses histoires de grandes personnes. Des histoires dont on ne parle pas et qui rapportent beaucoup d’argent. Et ce faisant, ces grandes personnes ont violé l’innocence de Heidi. Mais je jure que je vais la lui rendre, cette innocence ! 

18. Heidi 

Le dernier personnage de mon histoire est évidemment la petite bergère tentant de survivre dans le monde des loups, des mâles alpha et des castes. Elle y est arrivée jusqu’ici avec peine, tant bien que mal, subissant pas mal de coups au passage.

On a décidé chez heidi.com,  avec quelques fidèles soldats* de la vie, de se porter au secours de l’espiègle petite ingénue. Même si elle est devenue un poil impertinente, nous aimons son combat. Alors on a décidé de jeter nos dernières forces pour sauver Heidi. Avec elle, pour elle, nous allons RÉSISTER.

Et si ce baroud d’honneur vous touche, si vous voulez nous aider à sauver Heidi, ses valeurs, ses emplois et sa petite mèche rebelle, alors témoignez-nous tout ce que vous pourrez : sympathie, soutien, réseau, dons, voire un peu de votre temps (il y a tellement à faire encore…), ou simplement portez notre T-shirt RÉSISTE ! 

* Hommage

Je tiens ici à faire hommage à celui qui a peut-être été le plus farouche, le plus énergique de "mes soldats", brutalement emporté par le Covid avec une rapidité choquante.

Narcisse Niclass est sans doute celui qui a su le plus trouver les mots pour me redonner le courage de me relever, qui a organisé dans l'ombre et malgré mes silences toutes les actions qui ont permis à heidi.com de conserver un minimum de présences sociales. C'est lui qui a imaginé la campagne Résiste ! et le logo du T-shirt est sa création.

Il était à sa manière un Protecteur. Sa présence me manquera cruellement à plus d'un titre. Pour sa mémoire, je ne lâcherai rien....

Prochain épisode : Haro sur la bergère !  

ou "nos Personnages entrent en action"